Quelle stratégie pour les achats de la classe C ?

La Loi de Pareto et segments d’achats
21 octobre 2021
Partagez :
{{totalComments}} commentaires

Une stratégie achats s’articule autour de 3 étapes clés :

  1. Hiérarchiser l’importance financière des achats
  2. Diagnostiquer le niveau de risque des achats
  3. Déterminer les priorités à partir de la matrice achats

1. Hiérarchiser l’importance financière des achats

L’analyse de Pareto est utilisée pour hiérarchiser l’importance financière des segments d’achats (ou sous-catégories d’achats) en fonction de la dépense annuelle dans l’entreprise.

Les segments d’achats sont listés par montants de dépenses décroissants. Le montant cumulé des dépenses est déterminé ainsi que la part de chaque segment en pourcentage de ces montants cumulés. Il est alors possible de tracer la courbe de Pareto.

On obtient 3 classes d’achats qui, dans la plupart des entreprises, se répartissent ainsi :

  • Les achats de classe A représentent 20% du nombre total des segments d’achats et totalisent 80% des dépenses totales de l’entreprise.
  • Les achats de classe B représentent 30% du nombre total des segments d’achats et totalisent 15% des dépenses.
  • Les achats de classe C représentent 50% du nombre total des segments d’achats et totalisent 5% des dépenses.

Ce n’est pas parce qu’un segment achat est de classe C, c’est-à-dire de faible montant, qu’il n’est pas important !

Deux points clés doivent retenir l’attention :

  • Des coûts cachés élevés : si leur montant est faible, en revanche leurs coûts de gestion sont les plus élevés de toutes les autres catégories d’achats (A et B), car ils totalisent le plus grand nombre de références (cela peut aller jusqu’à 85%), de fournisseurs (jusqu’à 75%), de commandes (jusqu’à 60%) et de réclamations (jusqu’à 60%) (source Manutan).
     
  • Une criticité à ne pas négliger : un faible montant d’achat est souvent confondu avec une faible criticité. C’est une erreur. Prenons quelques exemples : dans le segment EPI « Equipement de Protection Individuelle », des gants anti-coupure de mauvaise qualité peuvent être à l’origine d’accidents du travail. Dans le segment « équipements de bureau », l’ergonomie d’un fauteuil de bureau est déterminante pour les impacts musculo-squelettiques et le « Bien-travailler » des collaborateurs. Certaines catégories requièrent aussi une normalisation, un marquage CE…

Au-delà de l’importance financière des achats, il est essentiel de s’interroger sur leur niveau de risque.

2. Diagnostiquer le niveau de risque des achats

L’évaluation du risque des segments d’achats est différente d’une entreprise à une autre. Elle s’effectue à l’initiative des acheteurs en concertation avec les parties prenantes concernées (utilisateurs, prescripteurs…). Pour objectiver l’analyse, nous recommandons d’utiliser une échelle de 0 à 10, de risque « très faible » à « très élevé ».

L’objectif est d’avoir la vision la plus complète des risques par segment. Nous proposons 7 catégories de risques clés à estimer. L’acheteur peut ajouter ou retrancher des catégories en fonction de la stratégie de son entreprise. Pour chaque segment, il calcule une moyenne arithmétique. Il peut pondérer certains risques en fonction des priorités stratégiques de sa société.

Catégorie de risques Description Note de 0 à 10

1. Risques liés au client final

  • Impact du segment sur l’image perçue par le client final
  • Importance du segment en termes de différenciation de l’offre
  • Importance du segment en termes d’exposition de CA (par exemple un packaging concernant 60% des ventes de l’entreprise)
 

2. Risques techniques, technologiques

  • Liés au degré d’exigence des spécifications
  • Liés au niveau de qualité requis
  • Liés au cycle de vie de la technologie
  • Liés à la diversité versus unicité des technologies
  • Liés aux normes, homologations (absence versus complexité)
 
3. Risques liés aux services, solutions
  • Degré d’exigence en termes de maintenances, mises à jour, assistances, possibilités d’essais, formations du personnel…
  • Degré d’exigence en termes de réactivité du fournisseur
  • Degré d’exigence en termes de compatibilité des organisations, des systèmes d’informations, de transferts d’expériences…
 

4. Risques en termes de RSE

  • Liés aux contraintes externes légales, normatives, réglementaires
  • Liés aux exigences environnementales et sociétales internes
  • Liés à l’impact du segment en termes d’image, d’acceptabilité auprès des parties prenantes (client, collaborateurs…)
 

5. Risques financiers spécifiques

  • Risque de change
  • Instabilité des prix (matières cotées par exemple…)
 

6. Risques supply chain

  • Liés à la complexité des flux
  • Liés aux exigences en termes de taux de disponibilité, de taux de service, de conformité…
  • Liés aux exigences en termes de stockage
  • Liés aux exigences de traçabilité, de connaissance des rangs 2, 3…
 

7. Risques liés au marché fournisseurs

  • Degré de concentration du marché fournisseurs
  • Possibilité de nouveaux entrants (barrières à l’entrée)
  • Possibilité de produits-services de substitution
  • Intensité de la concurrence à l’achat et degré de pouvoir sur le marché fournisseur
  • Pouvoir des fournisseurs du segment sur leurs propres fournisseurs
  • Localisations (risque pays, concentration géographique…)
 

3. Déterminer les priorités à partir de la matrice achats

A partir des 2 analyses précédentes, l’acheteur connait

  • L’importance financière des segments d’achats
  • Le niveau de risque des segments d’achats

En croisant ces 2 analyses, l’acheteur obtient les 2 axes de sa matrice achats d’aide à la décision. Il s’agit d’une matrice achats inspirée des travaux de Kraljic et de nos observations en entreprises.

À travers cette matrice, il apparait que les achats de classe C peuvent « Simples » ou « Critiques ».

  • Dans le cas d’achats Simples, la priorité est la diminution des coûts cachés, qui sont des coûts administratifs et logistiques. Ces coûts cachés sont, dans la majorité des cas, supérieurs au prix facial du bien acheté. Il convient de réduire le nombre de fournisseurs, de commandes, de factures, de livraisons … Contractualiser avec quelques fournisseurs capables de proposer des offres larges en ligne est clé. Il faut digitaliser l’ensemble du processus depuis la commande jusqu’à la facturation et simplifier la vie de l’utilisateur (par exemple via la mise en place d’un Punch-Out). Au-delà d’une offre digitalisée, les fournisseurs choisis doivent être capables de proposer des flux logistiques optimisés (regroupement de commandes, solutions de distributeurs automatiques sur sites…)
     
  • Dans le cas d’achats Critiques, la priorité est la sécurisation. Tout comme pour un achat Simple, contractualiser avec quelques fournisseurs proposant une offre large digitalisée est la base. Mais, il est essentiel de choisir des fournisseurs capables de garantir une origine des produits, le respect des normes et réglementations, capables de fournir les déclarations de conformité des produits… Au-delà du risque légal, il est aussi essentiel de protéger l’entreprise d’un risque réputationnel, que ce soit vis-à-vis des clients ou des collaborateurs. Beaucoup d’achats de classe C, à l’inverse des classes A et B, sont utilisés par les salariés (mobilier de bureau, d’atelier, équipements de protection individuelle, outillage…). Mettre à disposition des produits qualitatifs, ergonomiques, écologiques…, c’est respecter ses collaborateurs et s’assurer de leur motivation et de leur engagement : conditions sine qua non d’une entreprise performante.

Considérés, à tort, comme non prioritaires et faiblement risqués, les achats de classe C sont trop délaissés par les entreprises. Pourtant, ils sont au cœur d’enjeux d’optimisations et de sécurisations. Selon nous, une stratégie réfléchie des achats de Classe C est un bon indicateur du niveau de maturité de la fonction achats dans l’entreprise.

Livre blanc
Livre blanc
Achats de classe C : 6 leviers pour optimiser votre stratégie