Table ronde d’experts sur les futurs enjeux de la fonction achat

Table ronde d'experts sur les futurs enjeux de la fonction achat, durant la plénière Comex/lab
28 janvier 2021
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A l’occasion de la cinquième édition des Universités des Achats, la plénière d’ouverture rassemble un groupe d’experts pour débattre autour du positionnement et de la responsabilité de la fonction achat quant aux enjeux de demain.

Sur le plateau, Stéphane Soumier, ancien animateur de BFM Business et fondateur d’une nouvelle chaîne télévisée dédiée à l’économie et la finance (BSMART), anime les échanges avec :

  • Laurent Tardif, CEO Prysmian Group Sud Europe
  • Nicolas Payer CPO de Total
  • Jean-Luc Baras, CPO du Groupe Eiffage et Président du CNA
  • Jean-Philippe Riehl, Directeur du Contrôle des Risques et de l’Audit Interne Groupe chez Spie
  • Claude Monnier, Directeur des Ressources Humaines chez Sony Music
  • Fabrice Bonnifet du Groupes Bouygues, Président du Collège des Directeurs du Développement Durable, et Directeur Développement Durable & Qualité, Sécurité, Environnement du groupe Bouygues

Comment la Covid-19 rebat les cartes pour la fonction achat

Laurent Tardif, CEO Prysmian Group Sud Europe, ouvre le débat en rappelant l’impact de la crise sanitaire sur la fonction achat : « le choc qu’on a traversé a mis encore en valeur cette fonction centrale des achats qui s’est retrouvée évidemment impliquée dans toutes nos réunions et comités Covid. » Chez le producteur de câbles d’énergie et de télécommunications, les achats ont dû à la fois garantir les stocks nécessaires d’équipements de protection individuelle pour les collaborateurs, s’assurer du bon fonctionnement de la production, et enfin identifier les risques liés aux approvisionnements.

Passée l’urgence des premiers mois de crise, les Directions des Achats sont aujourd’hui toujours aussi mobilisées, avec deux priorités à l’ordre du jour :

La réduction des coûts

Pour garantir la résilience de leurs entreprises et accompagner leur transformation, les Directions des Achats vont indéniablement devoir réduire leurs coûts. A la différence qu’aujourd’hui, elles procèdent différemment pour parvenir à leurs fins. Il n’est plus question de baisser les prix auprès des fournisseurs, mais plutôt de travailler main dans la main avec ces derniers pour améliorer la productivité, dans une logique vertueuse pour les différentes parties prenantes. Cela passe par exemple par l’optimisation et la digitalisation des process, le gain d’efficacité, la réduction des déchets, la réception des produits « juste à temps », etc.

La sécurisation des chaînes d’approvisionnement 

Parce que nos chaînes d’approvisionnement sont interconnectées, la Covid-19 a mis en exergue de nouveaux risques. A titre d’exemple, Jean-Philippe Riehl, Directeur du Contrôle des Risques et de l’Audit Interne Groupe chez Spie souligne un chiffre inquiétant : 60 % des cyberattaques ciblent aujourd’hui la supply chain[1], rappelant ainsi l’absolue nécessité d’en assurer la robustesse.

Performance économique vs RSE ?

Sujet phare de ces dernières années, la Responsabilité Sociétale des Entreprises devait être abordée sur le plateau. Dans ce domaine, les acheteurs font face, parfois, à des injonctions contradictoires entre performance économique et responsabilité environnementale et sociale.

Fabrice Bonnifet, Président du C3D (Collège des Directeurs du Développement Durable), et Directeur Développement Durable & Qualité, Sécurité, Environnement du groupe Bouygues appelle à une remise en question complète du modèle économique, à l’heure où dans son secteur d’activité, le bâtiment, 40 millions de tonnes de déchets sont produits par an, et moins de 1 % est réemployé[2]. Il est également convaincu que la fonction achat est au centre de la mutation de ce modèle, en comparaison avec la production qui ne représente finalement qu’un faible levier pour réduire l’empreinte sociale et environnementale des entreprises. Parmi les nombreuses solutions à disposition des acheteurs se trouvent : l’intégration de critères responsables et durables dans le sourcing, mais aussi et surtout tous les axes de l’économie circulaire tels que l’économie de l’usage, le recyclage, etc.

Fabrice Bonnifet souligne que, pendant la crise sanitaire, la France a enregistré une réduction de 8 % d’émission de gaz à effet de serre mais également un recul de 6 points de son PIB. Pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat (pour rappel : diviser par trois nos émissions de gaz à effet de serre à horizon 2050), il faudrait atteindre ces résultats tous les ans, et ce pendant encore trente années… Cela donne matière à réflexion.

Pour conclure, la fonction achat doit apprendre à acheter autrement et intégrer de nouvelles données pour prendre part à la transformation de son entreprise. Cela requiert des outils efficaces et de fortes convictions mais, surtout, cela donne du sens au métier.


[1] Source : Accenture

[2] Source : Institut Français pour la Performance du Bâtiment