Comment intégrer l’économie régénérative dans vos achats pour créer un impact positif ?

Une vue aérienne d'une installation industrielle avec un vaste champ de panneaux solaires, démontrant une approche de production d'énergie renouvelable dans le cadre d'une économie régénérative.
19 mai 2026

Résumé

L'économie régénérative représente une évolution majeure au-delà de la RSE et de l'économie circulaire. Pour les entreprises, elle ouvre un nouveau cadre opérationnel : passer d'une logique de réduction des impacts négatifs à la création d'un impact net positif mesurable. Pour les responsables achats et les dirigeants, cela se traduit concrètement dans la politique fournisseurs, les critères de sélection et les indicateurs de performance. Comprendre ce modèle, c'est aussi anticiper les exigences réglementaires croissantes et renforcer la résilience de la chaîne d'approvisionnement.
 

Sommaire

  1.  Qu'est-ce que l'économie régénérative ? Définition et mise en perspective
  2.  Pourquoi l'économie régénérative devient un enjeu stratégique pour les dirigeants ?
  3. Comment traduire l'économie régénérative dans votre politique achats ?
  4. Quel retour sur investissement attendre d'une politique d'achats régénérative ?
  5. Comment embarquer vos équipes et vos fournisseurs dans une démarche régénérative ?

 

Les entreprises cherchent désormais à aller au-delà de la simple réduction de leurs empreintes environnementales. La RSE et l'économie circulaire ont posé des bases solides, mais un nouveau modèle s'impose progressivement : l'économie régénérative. Ce cadre offre une logique opérationnelle concrète pour la politique achats, à condition de dépasser la conformité subie. La question centrale devient alors : comment transformer chaque acte d'achat en levier de création de valeur environnementale et sociale mesurable, plutôt qu'en simple réponse aux contraintes réglementaires ?

Qu'est-ce que l'économie régénérative ? Définition et mise en perspective

L'économie régénérative désigne un modèle économique dont l'objectif est de restaurer activement les écosystèmes et les systèmes vivants, plutôt que de simplement maintenir leur état actuel. Là où le développement durable vise à préserver, l'économie régénérative cherche à améliorer : reconstituer les sols, régénérer la biodiversité, renforcer les liens sociaux et redistribuer équitablement la valeur créée au sein des territoires.

 

Ce modèle s'appuie sur trois piliers fondateurs : restaurer les ressources naturelles mobilisées par les activités économiques, redistribuer les bénéfices vers les communautés et les territoires, et régénérer les écosystèmes affectés par la production et la consommation.

De la RSE à l'économie circulaire : une progression vers l'impact net positif

La progression s'organise en trois paliers distincts. La RSE vise d'abord à réduire les impacts négatifs de l'entreprise sur son environnement. L'économie circulaire franchit un palier supplémentaire en évitant le gaspillage et en allongeant la durée de vie des ressources. Les avantages de l'économie circulaire pour les entreprises sont aujourd'hui bien documentés et constituent une base solide pour progresser. L'économie régénérative va plus loin encore : elle produit un impact net positif et mesurable sur les écosystèmes et les communautés, au-delà du simple maintien de l'existant.

Régénératif vs durable : pourquoi la nuance change tout pour votre entreprise

Le qualificatif "régénératif" désigne tout système, produit ou pratique qui contribue activement à reconstituer les ressources naturelles et sociales qu'il mobilise. "Durable" signifie maintenir l'existant dans son état actuel. "Régénératif" signifie améliorer l'état du vivant, pas seulement le conserver.

 

Pour une entreprise, la portée opérationnelle est fondamentale : un achat régénératif ne se limite pas à limiter les impacts négatifs. Il produit une valeur environnementale mesurable, qu'il s'agisse de la restauration des écosystèmes locaux, du renforcement de la biodiversité ou de la création de conditions sociales et économiques plus équilibrées chez les fournisseurs.

Pourquoi l'économie régénérative devient un enjeu stratégique pour les dirigeants ?

L'économie régénérative n'est plus une démarche volontaire réservée aux entreprises pionnières. Elle répond à des pressions institutionnelles, concurrentielles et opérationnelles croissantes. Pour le dirigeant, adopter un modèle régénératif dans la politique achats constitue une réponse stratégique à trois leviers de compétitivité : la conformité réglementaire, la réputation de l'entreprise, et la résilience de la chaîne d'approvisionnement.

CSRD, devoir de vigilance et reporting extra-financier : l'économie régénérative comme bouclier réglementaire

La directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose aux entreprises européennes un reporting extra-financier détaillé, incluant les impacts environnementaux et sociaux de la chaîne d'approvisionnement. Les achats indirects sont désormais explicitement dans le périmètre de ce reporting.

 

Des obligations équivalentes existent hors de l'Union européenne. Au Royaume-Uni, le Modern Slavery Act² et le FRC Stewardship Code³ encadrent la responsabilité des entreprises sur leur chaîne d'approvisionnement. En Suisse, l'ordonnance sur le rapport relatif aux questions climatiques impose un devoir de transparence similaire. En Norvège, le Transparency Act⁴ oblige les entreprises à rendre compte de leurs pratiques en matière de droits humains chez leurs fournisseurs. Intégrer des principes régénératifs dans la politique achats permet de structurer une réponse documentée et cohérente à l'ensemble de ces exigences.

 

Résilience de la supply chain : réduire sa dépendance aux ressources naturelles par les achats

La dégradation des ressources naturelles fragilise directement la disponibilité des matières premières. La santé des sols, la biodiversité et l'intégrité des écosystèmes conditionnent l'approvisionnement dans des secteurs aussi variés que l'agriculture, l'emballage ou la fabrication de composants industriels. Les neuf limites planétaires définies par le Stockholm Resilience Centre constituent désormais un cadre de référence pour évaluer l'exposition des entreprises à ces risques systémiques.

 

Diversifier vers des fournisseurs aux pratiques régénératives réduit concrètement la volatilité des coûts d'achat. Pour le dirigeant, c'est une logique de gestion des risques supply chain⁵ avant d'être une démarche RSE.

Comment traduire l'économie régénérative dans votre politique achats ?

L'économie régénérative ne prend valeur que si elle se traduit en critères concrets dans les processus d'achat. Pour le responsable achats, la transformation passe par une feuille de route structurée, catégorie par catégorie, et par une redéfinition des critères d'évaluation fournisseurs.

Par où commencer : prioriser ses catégories d'achats à fort impact

La logique de priorisation recommande de commencer par les achats indirects, dits de classe C, qui concentrent le plus grand nombre de fournisseurs et offrent la plus grande flexibilité de sourcing⁶. Ce sont aussi les achats les plus accessibles à une redirection rapide vers des pratiques régénératives.
 

Les catégories à fort potentiel régénératif incluent notamment :

 

  • Les emballages (matériaux biosourcés, recyclés, réutilisables) ;
  • Les fournitures de bureau et consommables ;
  • Les équipements de protection individuelle issus de filières certifiées ;
  • Le mobilier à longévité documentée et réparabilité avérée.
     

Intégrer des critères régénératifs dans les achats circulaires constitue une première étape naturelle pour structurer cette transition sans bouleverser l'organisation achat existante.

Évaluer ses fournisseurs avec une grille régénérative : longévité, réparabilité, ancrage territorial et partage de la valeur

Quatre critères concrets permettent d'évaluer un fournisseur selon une logique régénérative.

 

  1. La longévité produit : durée de vie documentée, garantie étendue et traçabilité des composants.
  2. La réparabilité : disponibilité des pièces détachées et existence d'un réseau de réparation actif.
  3. L'ancrage territorial : circuits courts, réduction des émissions de transport, contribution à la préservation des sols et de la biodiversité locale.
  4. Le partage de la valeur : conditions de travail des sous-traitants et redistribution équitable vers les acteurs locaux.

 

La symbiose industrielle représente une pratique régénérative concrète : en valorisant les déchets d'une entreprise comme ressources pour une autre, elle réduit les impacts environnementaux tout en créant de nouvelles activités économiques locales.

 

« Une démarche d'achat responsable consiste, pour les acheteurs, à concilier trois enjeux essentiels : l'environnement, l'éthique et la société, ainsi que l'économie. On peut en identifier plusieurs bénéfices majeurs : mieux maîtriser les risques, réduire les coûts, favoriser l'innovation et la différenciation, accroître le chiffre d'affaires et améliorer les indicateurs d'achat. » - Ludivine MARTINET (Directrice Commerciale 2021-2024, Manutan Groupe), 20 septembre 2022, Webinaire "Achats de classe C : comment mettre en place une stratégie d'achat responsable", Manutan Groupe, 45 min.

Quel retour sur investissement attendre d'une politique d'achats régénérative ?

L'économie régénérative est souvent perçue comme génératrice de surcoûts. Cette perception inverse la réalité : une politique d'achats régénérative produit des économies structurelles, réduit l'exposition aux risques financiers et génère des indicateurs directement intégrables dans les reportings existants.

KPIs et indicateurs de suivi pour mesurer l'impact de vos achats régénératifs

Mesurer l'impact d'une démarche régénérative nécessite des indicateurs adaptés à la réalité des achats. Les KPIs recommandés sont les suivants :

 

  • Taux de fournisseurs évalués sur critères régénératifs (longévité, réparabilité, ancrage territorial) ;
  • Part des achats issus de circuits territoriaux ou de filières certifiées ;
  • Taux de produits à longévité documentée dans le portefeuille achats ;
  • Volume de déchets évités par catégorie grâce aux choix d'achat régénératifs ;
  • Empreinte carbone scope 3⁷ des achats indirects, incluant les émissions de gaz à effet de serre liées aux fournisseurs.

Ces indicateurs s'intègrent naturellement dans les reportings CSRD et dans les tableaux de bord RSE existants, sans créer de charge de travail supplémentaire significative pour les équipes.

Les coûts cachés de l'inaction : non-conformité réglementaire et risques réputationnels

L'absence de démarche régénérative dans les achats génère des coûts réels, souvent sous-estimés par les directions. Sur le plan réglementaire, le non-respect des obligations de reporting extra-financier expose l'entreprise à des sanctions croissantes dans l'ensemble des pays européens. Sur le plan commercial, les marchés publics et privés conditionnent désormais davantage leurs critères d'attribution à des engagements RSE documentés et mesurables.

 

Les activités économiques dépendantes de la biodiversité sont particulièrement exposées : la dégradation des sols et des écosystèmes peut interrompre des approvisionnements entiers à court terme. Les émissions de gaz à effet de serre non maîtrisées exposent l'entreprise à des risques de réputation structurels, rendant le recrutement et la fidélisation des talents plus difficiles dans un contexte de concurrence accrue.

Comment embarquer vos équipes et vos fournisseurs dans une démarche régénérative ?

La transformation vers des achats régénératifs ne peut pas reposer sur le seul responsable achats. Elle requiert un alignement des équipes internes et une montée en compétence progressive des fournisseurs. Former les collaborateurs aux critères régénératifs, partager une vision commune et co-construire les objectifs de progression constituent les piliers d'un déploiement durable au sein de l'entreprise.

Co-construire la démarche avec ses fournisseurs clés : de l'évaluation au partenariat

La logique transactionnelle acheteur-fournisseur atteint ses limites pour restaurer les écosystèmes et produire un impact positif durable. Le passage au partenariat orienté impact suppose des étapes concrètes :
 

  • Partager sa grille d'évaluation régénérative avec les fournisseurs stratégiques dès la phase d'intégration ;
  • Co-définir des objectifs de progression annuels sur les critères régénératifs prioritaires ;
  • Organiser des revues fournisseurs intégrant des indicateurs sociaux et économiques aux côtés des indicateurs de performance classiques.
     

La co-construction renforce la loyauté fournisseur et réduit le risque de rupture d'approvisionnement en ancrant la relation dans une vision partagée de la restauration des écosystèmes et du vivant.

S'appuyer sur un distributeur expert pour accélérer sa transition vers des achats responsables

S'appuyer sur un distributeur ayant déjà filtré son catalogue selon des critères éco-responsables permet de réduire significativement la charge de qualification fournisseur. Chaque produit identifié comme éco-responsable répond à des critères objectifs, vérifiables et directement intégrables dans les reportings extra-financiers d'une entreprise régénérative en cours de transformation.

 

Offre éco-responsable

Chez Manutan, un produit éco-responsable est un produit qui porte un label environnemental reconnu (par exemple, Ecolabel européen, Ecocert, PEFC, etc.), et/ou est fabriqué à partir d'au moins 25 % de matériaux recyclés, et/ou est d'occasion (usagé ou remis à neuf). Disponible en Belgique, République tchèque, Danemark, Suède, Finlande, France, Allemagne, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Slovaquie, Espagne, Suisse, Royaume-Uni et Portugal, à date de publication du contenu.

 

¹ Corporate Sustainability Reporting Directive : directive européenne imposant aux entreprises un rapport détaillé sur leurs impacts en matière de durabilité

² Modern Slavery Act : loi britannique contre l'esclavage moderne et la traite des êtres humains dans les chaînes d'approvisionnement

³ FRC Stewardship Code : code britannique de gouvernance responsable des investissements institutionnels

⁴ Transparency Act : loi norvégienne sur la transparence et le travail des entreprises en matière de droits humains

⁵ supply chain : chaîne d'approvisionnement et de logistique amont d'une entreprise

⁶ sourcing : processus d'identification et de sélection des fournisseurs

⁷ scope 3 : catégorie d'émissions indirectes de gaz à effet de serre générées par la chaîne de valeur d'une entreprise, en amont et en aval

 

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